Hunger strike

Mayor of Sevran, Stephane Gatignon

Une action politique réussie.

« On tope ». Le jeudi 15 novembre dans la soirée, Stephane Gatignon sur la terrasse du café Bourbon fait signifier à son directeur de communication qu’il accepte de mettre fin à son action. Les 5 millions permettant l’équilibrage du budget de sa ville pour l’année 2012 sont obtenus. Il aura fallu 6 jours de jeûne. De l’extérieur, un moyen de pression médiatique qui a finalement montré son efficacité. De l’intérieur, il a dévoilé les différents cadres de pensées et d’actions qui structurent les politiques publiques et le processus de décision.

La stratégie du maire est au départ, tenter d’influencer le vote à l’Assemblée Nationale du mardi 13 novembre afin d’obtenir une dotation structurelle aux communes les plus fragiles de France, notamment après le naufrage de Dexia. Durant les 4 jours qui vont précéder le vote, Gatignon va assurer une présence médiatique quotidienne. L’intérêt des médias n’est pas simplement dans l’action originale, elle réside également dans le caractère instantané et dans la possibilité d’instaurer un suspense de type « feuilleton »politique, qui correspond à la temporalité du format exigé par la télévision et la radio. Peu se sont intéressés aux cadres normatifs qui a exacerbé le dialogue entre élus et représentants d’institutions. L’une des fonctions d’une institution est de répondre à des problèmes par des situations historiques éprouvées. Or Gatignon, dans un premier temps va imposer le problème à l’agenda politique, et dans un second, refuser d’entrer dans le processus habituel de négociation pour deux raisons. La première est que celui-ci identifie les usages symboliques de la politique (production d’un discours non pas pour agir, mais montrer que l’on agit) et se méfie de la démarche institutionnelle. La seconde est l’interpellation directe des individus. Gatignon désigne le ministre délégué chargé de la Ville‎ Lamy, le premier ministre Ayrault, mais plus important encore, les chefs d’entreprises qui seront contraints de fermer boutique s’il n’obtient pas gain de cause. Cette personnalisation va rompre avec le cadre habituel du traitement de dossier anonyme basé sur des critères institutionnalisés. Si la stratégie de pression échoue en partie, ce n’est pas par manque de visibilité médiatique, mais par cette différence de cadre entre haut fonctionnaire et élu d’une commune en difficulté. Il ne s’agit pas d’opposer une lutte des classes, mais d’habitus qui sont issus du champ politique, mais pourtant différente. En cela, Gatignon met le doigt sur le problème en parlant d’incompréhension de la classe politique dirigeante. La ville de Sevran qu’il administre est un exemple de gestion de dossier personnalisé, dû à un manque de moyens et de situations urgentes difficilement catégorisable. Ce manque de compréhension est alors inévitable avec les moyens confortables d’un cabinet ministériel et de la socialisation qu’elle imprime sur les agents.

A l’issue du vote et de l’impasse qui se profile, Stéphane Gatignon va choisir de modifier le mouvement. Il ne s’agit plus simplement d’une grève de la faim mais également une manifestation populaire devant l’Assemblée Nationale. Cette menace va considérablement changer les conditions de négociation et les rapports de force. Pourtant une manifestation est bien moins violente et original qu’une grève de faim. Si elle rencontre un écho, c’est en partie parce que la manifestation est identifiable dans ses effets et est institutionnalisé. L’action de la non décision à l’encontre de la grève de la faim s’explique. C’est parce qu’elle n’entre pas dans le cadre cognitif des dirigeants, et ne possédait pas de solution historique éprouvée. La grève de la faim a été néanmoins un élément indispensable à cette réussite. Elle a ainsi permis la compréhension des revendications par le grand public ainsi que son adhésion. Les moyens n’étaient donc pas les raisons de l’échec ou de la réussite des négociations, il n’aura fallu qu’un jour pour débloquer les fonds nécessaires et mettre fin à la mobilisation.